Quelle longueur de chaîne mouiller selon la profondeur ?

Règle pratique, calculateur et tableau : combien de chaîne filer selon la profondeur, le vent et le marnage – et pourquoi la hauteur du davier compte aussi.

Un bateau en bois au mouillage dans une eau claire et turquoise, vu d'en haut. Le bout de mouillage part de l'étrave et court sur le fond de sable jusqu'à l'ancre.
Photo : Maahid Photos / Pexels

La réponse courte

Avec une ligne de mouillage tout chaîne, filez pour une nuit cinq fois la hauteur entre le davier et le fond, mesurée à pleine mer. Par temps calme, sur un fond de bonne tenue et pour un arrêt court, trois fois suffisent ; si du vent fort est annoncé, ou si vous mouillez chaîne et cordage, filez-en sept fois.

La formule :

Longueur de chaîne = (profondeur + hauteur de marée à venir + hauteur du davier) × rapport

Un exemple : 8 m d'eau, 1,5 m de marée encore à monter avant la pleine mer, le davier à 1,2 m au-dessus de l'eau, une nuit par vent modéré. Cela donne (8 + 1,5 + 1,2) × 5 = 53,5 m. Filez 55 m – arrondis à la marque suivante, jamais en dessous.

Le calculateur

Saisissez la profondeur, la hauteur de marée à venir et la hauteur de votre davier, puis choisissez les conditions. Le calculateur indique la longueur de chaîne à filer et le plus grand rayon d'évitage dont votre bateau aura besoin.

La chaîne pour les profondeurs courantes

Chaîne en mètres avec le davier à 1 m au-dessus de l'eau et sans marée :

Profondeur 3 : 1 5 : 1 7 : 1
3 m 12 m 20 m 28 m
5 m 18 m 30 m 42 m
8 m 27 m 45 m 63 m
10 m 33 m 55 m 77 m
12 m 39 m 65 m 91 m
15 m 48 m 80 m 112 m
20 m 63 m 105 m 147 m

Les dernières lignes montrent pourquoi la limite n'est souvent pas la règle pratique, mais la chaîne à bord. Beaucoup de voiliers de croisière de 10 à 14 m ont entre 50 et 80 m dans le puits à chaîne. Combien il y en a sur le vôtre fait partie des premières questions à poser à la prise en main d'un bateau de location – et la réponse décide des mouillages qui vous sont réellement accessibles.

Que signifie le rapport de mouillage ?

Le rapport de mouillage, scope en anglais, est le rapport entre la chaîne filée et la hauteur verticale du davier jusqu'au fond. 5 : 1 signifie cinq mètres de chaîne pour chaque mètre de hauteur.

Ce rapport décide de l'angle sous lequel la traction arrive sur l'ancre. Une ancre tient le mieux quand elle est tirée à l'horizontale : elle s'enfouit alors davantage. Tirée vers le haut, la même force fait levier et l'arrache du fond.

Même dans le pire des cas, quand le vent tend la chaîne en ligne droite, le rapport fait la différence :

Rapport Angle de traction chaîne tendue
3 : 1 environ 19°
5 : 1 environ 12°
7 : 1 environ 8°
10 : 1 environ 6°

Tant que la chaîne forme une courbe, son dernier tronçon repose à plat sur le fond et la traction arrive sur l'ancre à l'horizontale. Cette courbe – la chaînette – explique pourquoi un mouillage tout chaîne demande moins de longueur qu'un mouillage en cordage. Elle amortit aussi : une rafale doit d'abord soulever la lourde chaîne avant de pouvoir donner un coup sur l'ancre.

Pourquoi le davier compte

L'erreur la plus fréquente : ne multiplier que la profondeur. Or la chaîne ne commence pas à la surface de l'eau, elle commence au davier.

Par 4 m de fond avec le davier à 1,5 m au-dessus de l'eau, « cinq fois la profondeur » donne 20 m de chaîne. La hauteur réelle est pourtant de 5,5 m : le rapport effectif n'est donc que de 3,6 : 1 – pour un vrai 5 : 1, il manque 7,5 m. Plus le mouillage est peu profond et plus l'étrave est haute, plus l'erreur est grande, et elle l'est justement dans les criques peu profondes et abritées où l'on se sent le plus en sécurité.

La marée : calculer pour la pleine mer

Là où il y a de la marée, c'est la profondeur à pleine mer qui compte, pas celle au moment de mouiller. Qui mouille à basse mer par 4 m, file 25 m (5 : 1 avec un davier à 1 m) et a encore 3 m de marée devant lui se retrouve six heures plus tard par 7 m d'eau. Le 5 : 1 est devenu à peine plus de 3 : 1, sans que personne à bord n'ait rien fait.

En Méditerranée, le marnage est en général assez faible pour être négligé. En mer du Nord, en Manche et sur la côte atlantique française, il atteint plusieurs mètres. L'annuaire des marées ou les instructions nautiques donnent la valeur pour votre escale : comptez ce que l'eau montera encore jusqu'à la prochaine pleine mer.

Quel rapport pour quelles conditions ?

Situation Rapport avec un mouillage tout chaîne
Arrêt baignade par temps calme, fond de bonne tenue, équipage à bord 3 : 1
Nuit dans des conditions modérées 5 : 1
Vent fort ou rafales annoncés, fond de mauvaise tenue 7 : 1 et plus
Chaîne et cordage au moins 7 : 1

Ce sont des règles de pratique, pas une norme. Le type et le poids de l'ancre, le fond – le sable ne tient pas comme la posidonie ou la vase – et la force du vent les déplacent dans un sens ou dans l'autre. Choisissez le rapport d'après la prévision pour la nuit, pas d'après le temps qu'il fait au moment de mouiller. Et dans le doute : plus de chaîne fait rarement du tort, tant qu'il y a la place.

Tout chaîne ou chaîne et cordage ?

La chaîne est lourde : une chaîne de 10 mm pèse environ 2,2 kg par mètre, 50 mètres font donc environ 110 kg. C'est ce poids qui la fait pendre et qui garde la traction horizontale sur l'ancre. Un cordage n'a pas ce poids : sous charge, il va presque en ligne droite de l'étrave à l'ancre. C'est pourquoi un mouillage mixte, avec une longueur de chaîne puis du cordage, demande nettement plus de longueur, et la partie chaîne doit être assez longue pour que ce soit de la chaîne, et non du cordage, qui repose près de l'ancre.

Un mouillage tout chaîne demande une main de fer : un cordage élastique accroché à la chaîne par un crochet et tourné sur un taquet. Elle soulage le guindeau, dont le barbotin n'est pas fait pour retenir le bateau dans les rafales, et amortit les à-coups qu'une chaîne tendue transmettrait sans filtre à l'ancre.

Quand la place manque : le cercle d'évitage

Plus de chaîne, c'est un cercle plus grand. Quand le vent tourne, le bateau évite autour de son ancre, et le rayon peut atteindre la chaîne tendue à l'horizontale plus la longueur du bateau. Avec 50 m de chaîne par 10 m de fond et un bateau de 12 m, cela fait environ 61 m – un cercle de plus de 120 m de diamètre.

Dans une baie encombrée, filer simplement moins de chaîne n'est pas la solution. Mieux vaut :

  • Choisir une autre place, en bordure de la baie ou un peu plus profond, là où le cercle reste dégagé.
  • Observer les voisins. Un bateau à moteur sur cordage évite autrement et plus largement qu'un voilier sur chaîne. Le premier arrivé est prioritaire.
  • Descendre à 3 : 1 seulement par temps calme et avec l'équipage à bord – jamais en dessous, et avec une veille au mouillage.
  • Utiliser une sentinelle : un poids que l'on fait descendre le long de la chaîne vers l'ancre. Elle plaque la chaîne vers le fond, aplatit l'angle de traction et réduit le cercle.

Combien de chaîne est réellement dehors ?

Le calcul est la partie facile. Le plus difficile est de savoir, pendant la manœuvre, que 55 m sont vraiment dehors – et pas 40. Les moyens habituels :

  • Marques de peinture ou marqueurs de chaîne tous les 5 ou 10 m. Peu coûteux, mais la peinture s'use, les marqueurs se perdent, et de nuit ou à contre-jour on voit mal les uns comme les autres. Quelle méthode dure combien de temps, c'est ce que compare Marquer la chaîne d'ancre : six méthodes comparées.
  • Compter les secondes pendant lesquelles tourne le guindeau. Imprécis, car un guindeau tourne plus ou moins vite selon la charge et la batterie.
  • Un compteur de chaîne du fabricant du guindeau. Précis, mais c'est une installation fixe : un capteur sur le barbotin, un câble à travers le bateau, un afficheur au poste de barre. Ce qu'implique l'installation, et comment s'en passer, est expliqué dans Compteur de chaîne sans installation.

C'est pour cette question que nous développons AnkerSepp : un appareil qui se clipse sur le guindeau que vous avez déjà et affiche en mètres la chaîne filée – sans installation et sans câblage. C'est encore un prototype ; les images de la page d'accueil le montrent en train de compter sur un vrai guindeau.

Les erreurs les plus fréquentes

  1. Ne multiplier que la profondeur en oubliant la hauteur du davier.
  2. Calculer avec la profondeur au moment de mouiller au lieu de la profondeur à pleine mer.
  3. Laisser tomber la chaîne en tas. L'ancre a besoin de temps pour s'orienter et la chaîne doit être étendue sur le fond : filez-la régulièrement pendant que le bateau recule doucement, au vent ou au moteur.
  4. Ne pas crocher l'ancre. Une fois la chaîne filée, mettez en tension avec un peu de marche arrière et vérifiez sur deux alignements à terre que le bateau tient vraiment.
  5. Choisir le rapport d'après le temps au moment de mouiller. Ce qui compte, c'est la prévision pour les heures où vous dormirez.

D'autres erreurs – du mauvais fond à l'absence de veille au mouillage – sont réunies dans Les dix erreurs les plus fréquentes au mouillage.

Les règles pratiques ne remplacent pas le jugement sur place. Elles sont le point de départ à partir duquel le fond, le vent et la place décident de la longueur nécessaire ce soir-là.